«Tout public est légitime»
La sociologue Stéphanie Molinero a publié l’an passé « Les publics du rap », ouvrage universitaire de 350 pages dont le titre m’épargne le résumé. Si son travail est tout particulièrement destiné au monde de la sociologie, les conclusions qu’elle a tirée des réflexions et des entretiens qu’elle a menée sont très largement accessibles au grand public. D’autant plus qu’elle en parle très bien en interview. Le rap et son public, forcément. Le rap et la sociologie, aussi. Le rap et les clichés, évidemment. Le rap et Stéphanie, c’est ici.
L’une des principales conclusions de ton enquête est qu’il existe quatre publics du rap différents. Tu l’as expliqué pendant la conférence (Interview réalisée après la conférence sur Les publics du rap, dans le cadre du festival HIP OPsession, ndlr), je suis désolé, je vais te redemander d’expliquer lesquels…
Je vais prendre dans l’ordre le plus logique. Les consommateurs, d’abord, qui sont les plus jeunes. Ils écoutent beaucoup de rap à travers les médias de masse, radios et télés essentiellement. Skyrock et MTV, ou les chaînes musicales, par exemple. C’est un public qui a aussi pour caractéristique d’être issu, plus souvent que les autres, des classes populaires. Les consommateurs, en 2003-2004, citaient Booba, Rohff, le 113 ou Sniper comme artistes préférés, parmi d’autres.
Le grand public a un rapport plus distant au rap, mais est également conditionné par les choix de programmation des médias de masse. C’est un public qui se retrouve un peu partout dans la société et qui se dirige plutôt vers les têtes d’affiches. IAM, MC Solaar, Diam’s, NTM et Oxmo Puccino, aussi, dans une certaine mesure.
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TM et Oxmo Puccino font d’ailleurs le lien avec la troisième catégorie, qui est celle des amateurs. Les amateurs ont un fort degré d’implication dans le rap. Avec l’écoute, bien sur, mais aussi avec une pratique amateur liée au rap ou plus généralement au Hip-hop. Le fait d’assister régulièrement à des concerts, de lire régulièrement des magazines spécialisés dans le rap, par exemple. C’est là que l’on retrouve le public le plus âgé, qui a aussi tendance à être un peu plus masculin. Le grand public et les consommateurs, c’est là où l’on retrouve une proportion plus importante de femmes.
Et enfin, le public branché, d’origine sociale plus privilégiée, qui a un rapport plus distant au rap, comme c’est le cas du grand public, et qui se dirige vers des artistes qui n’ont pas forcément de contenu social, politique ou revendicateur lié à l’univers des banlieues. C’était des artistes, lors de l’enquête, comme TTC, les Svinkels ou Triptik.
Tu parlais « d’ordre logique » pour définir ces publics, il existe donc une sorte de hiérarchisation? Certains publics sont ils, ou se sentent-ils, plus légitime que d’autres? Je pense aux amateurs, notamment.
Oui, c’est le cas. Les amateurs se sentent plus légitime dans le sens où ils pensent, et je le pense avec eux, avoir une connaissance plus approfondie du rap, de son histoire, de ses artistes et de ses courants. Ils ont aussi un goût qui est assez affiné et une capacité de jugement plus importante que les autres publics, tout simplement parce qu’ils s’intéressent plus aux choses, ils connaissent plus. Ils peuvent avoir des avis plus argumentés. Est-ce qu’ils sont plus légitime pour autant? Moi je ne le dirais pas. Tout public est légitime dans l’absolu. Mais en tout cas, le public des amateurs est celui qui se définit comme le connaisseur, qui se définit lui même comme le plus légitime (rires).
Est-ce qu’on peut extrapoler ces publics à la Musique en général, ou est-ce qu’ils sont vraiment spécifiques au rap?
Malheureusement, il faudrait faire des études sur les autres publics… Et il n’y a pas tant d’études que ça qui s’intéressent au publics des autres genres musicaux. En tout cas, il y a une différenciation dans d’autres genres musicaux, quels qu’ils soient. Si on réfléchit à la musique classique, on va trouver des différences entre ceux qui aiment la musique Baroque, ceux qui n’aiment que le Contemporain, ceux qui aiment Mozart par dessus tout, etc…
Ce ne serait peut être pas les même catégories, et pas les mêmes caractéristiques?
Je ne peux pas le dire avec fermeté vu qu’il n’y a pas d’études empiriques qui me permettent de le dire. Mais qu’il y est une forme de différence liée aux appartenances sociales et à la façon dont on construit son propre goût à travers certains médias, ça ne fait aucun doute.
Peut-on être amateur de rap mais consommateur de rock? Ou alors, quand on est amateur d’une musique on l’est pour toutes les autres…
Alors là c’est pareil, je n’ai pas tout les éléments de réponses. J’aurais quand même tendance à penser qu’on réfléchit beaucoup en terme de genres musicaux. « Moi, j’écoute du rock et du reggae, mais pas tel autre genre ».
En fait, c’est une figure qui a déjà été théorisée en sociologie, qui est celle de l’éclectique. L’éclectisme ce serait la légitimité, pas que dans le domaine musicale mais notamment dans le domaine musicale. Est le plus légitime celui qui écoute la meilleure musique dans tout les genres musicaux. Ça me semble donc difficile d’être à la fois amateur de rap et consommateur de rock, mais plus concevable d’être amateur de rap et amateur de rock. Et de jazz, et de soul, et de funk…
Comment se retrouve t-on dans un public plutôt que dans une autre? Est-ce que c’est une question d’âge, d’entourage, de catégorie socioprofessionnelle, de niveau d’étude, d’investissement de temps et d’argent?
Je fais de la sociologie, donc je vais prêcher pour ma chapelle, en ouvrant quand même un peu les choses… Effectivement, tout l’environnement social prédispose ou accentue le fait de se retrouver dans l’une ou l’autre de ces catégories. L’âge, le sexe, malgré tout, l’origine et l’appartenance sociale bien sur… Ensuite, je pense qu’il y aussi une forme de curiosité face à la musique, là aussi alimenté par l’extérieur. Il y a des personnes qui vont davantage s’inscrire dans l’écoute musicale parce qu’elles y trouvent de la nourriture « non terrestre » qui leur procure du plaisir. Là, on est plus dans une explication d’ordre psychologique, qui fait que des personnes vont s’investir donc vont avoir plus tendances à être des amateurs que des consommateurs. Mais évidemment, tout l’environnement joue un rôle: famille, pairs, et l’environnement professionnel par la suite.
Et le niveau d’étude?
Dans le sens où ça peut susciter de la curiosité ou de l’intérêt pour des choses auxquels on n’aurait pas forcément pensé avant, oui. Bourdieu disait, même si c’est un peu moins vrai maintenant, qu’être étudiant ce n’est pas qu’aller à l’université, il y a une espèce de « package » avec le fait d’être étudiant, notamment le fait de s’intéresser aux arts et à la culture.
Est-ce que l’argent peut conditionner le rapport à la musique? Est-ce que des gens qui n’ont pas les moyens d’aller aux concerts ou d’acheter des disques, par exemple, ne peuvent pas être amateurs?
La question économique n’est pas essentielle, on l’a vu pour d’autres pratiques culturelles. Ce n’est pas parce que les musées sont gratuits le premier dimanche du mois qu’on va plus au musée le premier dimanche du mois quand on n’a pas d’argent. Dans le cadre de la musique, ça ne me semble pas non plus être une explication dans le sens où la musique est vraiment accessible. Il ne s’agit pas d’argent, il s’agit avant tout de ce qu’on appelle, dans le langage Bourdieusien, le capital culturel. Ce n’est pas une question de capital économique mais de capital culturel.
Est-ce que l’appartenance à l’une de ces quatre catégories détermine autre chose que le rapport à la musique? La manière de s’habiller, ou de parler par exemple.
Les amat
eurs que j’ai rencontré n’avaient pas forcément l’attirail. J’ai fait une autre enquête d’ailleurs, il y a moins longtemps, sur les personnes qui se sont rendus à un concert de NTM. Qui ne sont pas que des amateurs, pour le coup, mais qui sont un peu plus dans le grand public du rap, et où l’on ne retrouve pas ces stigmates là. Par contre, je reprends ce que j’ai dit tout à l’heure lors de la conférence, le fait « d’être Hip-hop », c’est d’avoir une tenue vestimentaire particulière pour certains. C’est plus les jeunes qui le disent, mais c’est aussi les consommateurs.
Est-ce qu’on peut juger de la qualité d’un rappeur en étudiant son public? Un rappeur qui n’aurait dans son public que des consommateurs est-il un mauvais rappeur? Ou inversement, un rappeur qui n’aurait que des amateurs dans son public est il un bon rappeur?
Tu me demandes de juger la qualité d’un rappeur…
Je te demande si c’est possible de le faire…
Je ne serais pas si catégorique. Si les amateurs, tous ensembles, avec toutes leurs caractéristiques, et notamment leurs connaissances, se dirigent vers les mêmes artistes, ça peut quand même dénoter d’une forme de qualité, d’intérêt particulier pour ces artistes, qui s’explique quand même par leur rendu artistique. Après, je ne considère pas que Rohff ou Booba soient de mauvais rappeurs.
Il n’y a pas que des consommateurs dans les publics de Rohff ou Booba…
Non, mais il y en a plus que dans d’autres.
Mais Booba est quand même reconnu chez les amateurs.
Euh… Pas tant que ça malheureusement.
Je pense être dans la catégorie des amateurs, et je place Booba dans mon top… Euh… Dans mon top 1!
Il s’agit d’artistes plus cités par les uns ou par les autres, donc forcément on peut être amateur et citer Booba. Mais dans ce qui ressort de l’enquête, je ne dirais pas que se sont tous de mauvais rappeurs, même si ce n’est pas ceux que j’écoute toute la journée. Mais ce n’est pas le propos…
Ah si, parlons de toi un peu… Dans quelle catégorie tu te situes?
Je pense que je serais dans le grand public, entre le grand public et les amateurs quand même. Je m’envoie des fleurs, mais…
Si tu dis « t’envoyer des fleurs » en te considérant comme une amateur, c’est qu’il y a une hiérarchisation, j’en reviens à ma deuxième question…
Celui qui se définit comme amateur c’est celui qui connaît bien, qui est capable d’avoir un jugement construit, etc. Si je m’auto-définis comme tel, c’est que je m’envoie quand même des fleurs…
Est-ce que tu prends du plaisir quand tu écoutes du rap, ou est ce que tu ne peux pas t’empêcher d’avoir une approche sociologique à chaque fois?
Ça m’arrive de plus en plus, maintenant que ce travail de thèse est terminé, que le livre est achevé et qu’il a été publié. Mais en fin de thèse, ou même quand j’ai repris l’écriture du livre, c’était difficile d’écouter du rap parce que ça ma rappelait trop le travail.
Est-ce que tu n’en a pas marre d’avoir un point de vue sociologique? Est-ce que tu n’aimerais pas te poser, une fois, en fan de rap?
Dans ma vie privé j’ai plein de points de vue très subjectifs, mais ce n’est pas mon rôle ici, non? (rires)
Il y a des choses que tu écoutes ou que tu apprécies en ce moment?
O2zen. Le deuxième album va sortir, mais j’ai déjà entendu des choses. J’ai beaucoup aimé le premier album, et sur scène j’ai trouvé ça vraiment stupéfiant, en plus.
Je mettrais le lien vers le myspace dans l’interview… Est ce que le support de la musique (vinyle, MP3, CD) influence le public, ou sa manière de la consommer?
Je pense que le MP3 fait un peu éclater l’existence de l’album, ce qui n’était pas le cas lorsque le CD est apparu par rapport au vinyle. C’est une réflexion très personnelle, mais quand je regarde les playlists de mes amis, je me rends compte qu’on écoute très rarement un album du début à la fin mais plutôt quelques titres. Donc le support MP3, ou plutôt la facilité qu’il apporte pour découper un album, fait qu’on écoute moins facilement la proposition entière d’un artiste.
Est ce que les MP3 vont tuer les albums? Va t-on voir apparaître un autre modèle de référence pour la diffusion de la musique, qui ne serait donc plus un album, mais un single, par exemple?
Tu me demandes de prédire l’avenir, or la sociologie n’est pas l’astrologie. Ceci dit, je pense que si les artistes proposent de bons albums, il n’y a pas de raison pour que le MP3 tue le format album. Mais en entretien, l’idée selon laquelle les albums de rap étaient souvent pas très bons sur la longueur est souvent revenue, surtout quand il ne s’agit pas d’un premier album, et sauf, bien entendu, exception.
Je
vais revenir sur l’enquête. Elle date de 2003-2004, tu parlais d’ailleurs d’obsolescence au début de la conférence. Tes conclusions sur les publics du rap ne sont donc pas définitives?
Non. Toute recherche qui se veut scientifique, j’espère que c’est comme ça que l’on considère la mienne, a pour vocation à être rendu rapidement caduque par d’autres recherches et enquêtes, surtout lorsque l’on travaille la matière sociale. Mais les choses n’ont pas forcément énormément bougé pour le rap entre 2003-2004 et 2009-2010, et si elles ont bougé c’est parce que des artistes ont un peu changé de positionnement. Je pense à Kéry James, notamment, ou à des artistes comme Sinik, ou même Hocus Pocus, qui a émerger dans la catégorie des amateurs et des branchés.
L’obsolescence, entre ces cinq années, non. Mais à terme, oui. Tout ce que je souhaite, c’est que les choses évoluent d’une manière ou d’une autre. Mais qu’elles ne stagnent pas.
Tu le dis souvent en interview, tu l’as redis pendant le conférence, l’un des objectifs de ce livre était de casser le cliché « le rap est une musique de banlieue par et pour la banlieue ». Est-ce réussi? Quels retours as tu sur ton travail?
Je pense qu’il accompagne le fait que, de moins en moins, il y ait ce cliché. Même s’il est encore persistant parfois. Ce qu’on me demande souvent, d’ailleurs tu m’as posé la question, c’est « Mais toi t’écoutes du rap? », ça paraît tellement aberrant que je puisse en écouter… Je fais des études, je suis une fille en plus… Est-ce que j’ai réussi, je ne sais pas. Le but était de participer à ce combat contre le cliché.
Tu connais les chiffres de ventes?
J’ai vendu 200 exemplaires.
Qui achète ce genre d’enquête?
C’est difficile à dire…
Tu n’as pas étudié les publics des publics du rap…
Non… (rires) C’est un ouvrage issu d’un travail universitaire, donc je conçois qu’il puisse sembler indigeste pour des personnes qui ne sont pas habitués à en lire. Et puis c’était une façon pour moi d’exister en tant que sociologue avec un premier livre sérieux. Le public visé était plutôt la communauté des sociologues. Je ne sais pas si c’est celui-là que j’ai touché avec mes 200 exemplaires vendus… J’ai aussi essayé de le rendre un peu plus vulgarisé, avec beaucoup d’extraits d’entretiens, avec l’explication de la démarche, tout en restant dans l’exercice universitaire.
Si ça peut te rassurer, ton livre existe aussi à travers toutes les interviews que tu donnes. Moi je connaissais ton existence et celle de ton livre sans l’avoir lu.
Oui, c’est aussi l’intérêt.
Les clichés sur le rap sont loin d’être cassés dans les médias, où il est souvent réduit à une musique de jeunes de banlieue, ou plus généralement à quelque chose de négatif. Pourquoi est-ce que le rap n’est pas légitime aux yeux des médias?
Pour les médias, est-ce que c’est vraiment intéressant que le rap devienne un peu « normalisé »? Est-ce que ce n’est pas plus alléchant, finalement, pour le consommateur du programme télé, que le rap se soit la violence, se soit les quartiers? C’est aussi tout ces fantasmes liés à l’univers des délinquants, des gangsters, qui ne datent absolument pas d’aujourd’hui.
On peut le relier à Edgar Morin, qui écrivait dans les années 60 ce que colportait la culture de masse et comment elle
s’appuyait aussi sur cette images des gangsters, notamment, pour exister. Avec le rap, il y a cet aspect qui peut expliquer que les choses ne bougent pas tant que ça. Et puis, on écoute aussi du rap dans les cités, c’est une réalité qu’il ne faut pas oublier. Il n’y a pas de mensonges, mais il y tout intérêt, je pense, à mettre en avant cet aspect là qui est beaucoup plus vendeur que le fait que toi tu écoutes du rap, par exemple.
Est-ce qu’il n’y a pas une fierté, de la part des amateurs, que le rap ne soit pas accessible au grand public?
Le rap est quand même accessible au grand public. La fierté, c’est d’écouter des artistes qui ne sont pas accessible au grand public. C’est aussi pour ça que les amateurs ont cités des artistes underground ou indépendant pendant mon enquête. Le fan de NTM, qui écoute plein d’autres choses, va avoir moins tendance à me citer NTM qu’un petit groupe moins connu mais qu’il aime bien, mais qui est moins connu.
Il y a des médias qui parlent de rap, on en parlait tout à l’heure. Skyrock et MTV notamment. Mais ce sont des médias qui s’adressent aux consommateurs essentiellement. Il y a peu de médias qui s’adressent aux amateurs. Il y en a eu, je pense à Gasface par exemple, ou Radikal, mais ça n’existe plus. Comment expliques-tu ce vide?
C’est parce qu’il y a plus de consommateurs que d’amateurs, tout simplement. Un média a besoin de vivre, il a besoin d’annonceurs, il a besoin de chiffres de ventes. C’est peut être dans les fanzines, là ou il n’y a pas d’objectifs monétaires ou liés à la survie du média, tout simplement, qu’on va retrouver des choses qui vont peut être plus intéresser les amateurs.
J’ai l’impression qu’il y a un vrai manque, un vrai public. C’est peut être aussi que je suis un amateur, avec quelques autres amateurs dans mon entourage…
Je comprends, d’ailleurs on me l’a aussi dit pendant mon enquête: « on n’a pas de médias ». Il faut creuser un peu. Il y avait des sites internet à l’époque de l’enquête, 90 BPM était beaucoup cité, par exemple, mais le site a un peu changé depuis. Il existe L’abcdr du son, ou quelques médias comme ça. Tu citais Radikal, mais les magazines ont une durée de vie assez limitée. S’il y a un manque c’est aussi parce que quand on n’est pas RAP, quand on n’est pas lié à Skyrock, quand il n’y a pas de posters, ça vend moins tout simplement…
Est ce que ce la légitimisation du rap n’est pas qu’une question de temps, tout simplement? Le rock a aussi eu des problèmes au début…
Bien sur! Le temps ne fait pas tout, mais le temps fait beaucoup de choses. C’est aussi lié au fait que le rap présente une esthétique musicale nouvelle, novatrice, inventive. Elle marque les esprits de tout le monde, et pas seulement des classes populaires. C’est aussi pour ça qu’il y a des gens qui sont cultivés qui s’y intéressent, parce qu’il y a bien quelque chose d’ordre artistique. Si on est dans le même cadre que celui du rock , le temps fera que, pour le bien ou pour le mal, le rap sera dépouillé de son substrat social d’origine qui fait qu’on le considère encore comme une musique populaire.
Sans mauvaise référence, on peut se donner rendez vous dans 10 ans..
Si tu veux oui… (rires)
Est-ce qu’on peut prévoir l’évolution d’une musique, ou l’évolution de son public?
Non. On peut étudier ce qu’il s’est passé pour d’autres genres pour avoir une idée de ce qui pourrait se passer, mais prédire, non. La sociologie n’est pas l’astrologie, n’en déplaise à Élisabeth Tessier…
Est-ce que les musiques ont une durée de vie? Est-ce que ce n’est pas qu’une histoire de cycles?
Ça ne disparaîtra jamais. Mais qu’il y ait une phase d’émergence, puis un âge d’or, c’est possible. Cet âge d’or est derrière nous en ce qui concerne le rap américain, et c’est pareil pour le rap français. Mais la musique en tant que telle existe toujours parce qu’il y a de nouveaux artistes qui peuvent avoir des propositions intéressantes, novatrices, et puis parce qu’il y a des classiques qui existent et qui existeront toujours.
En parlant de classique, l’abcdr du son, dont tu parlais tout à l’heure, a publié le classement des 100 classiques du rap français, élus par les internautes. Karim Hammou a définit ce classement comme un travail de patrimonialisation. Je ne sais pas si tu es attentif à son travail?
Oui, je le connais. Et je suis totalement d’accord avec lui…
Encore deux petites questions et je te laisse tranquille… Est-ce que la notion de culture Hip hop a encore du sens à l’heure de la dilution de ses valeurs et de ses composantes?
Ça rejoint ce qu’on disait tout à l’heure. Il y a à la fois une forme d’éclatement des disciplines dans leur existence:la danse s’institutionnalise, le graffiti rentre dans les galeries, etc… Et en même temps il existe toujours un esprit Hip hop, très important pour certains, avec un lien fort entre ces disciplines. Même si, globalement, le lien s’est franchement distendu avec le temps.
Dans les entretiens que tu as menée pour ton enquête, ta dernière questions était « c’est quoi être Hip hop? ». Je n’ai donc plus qu’une question à te poser. C’est quoi être Hip hop?
Alors là, j’ai envie de te dire… Peace, unity, love and havin’ fun, bien sur!
Propos recueillis par Vincent Desgré
Merci à Stéphanie pour sa disponiblité et sa gentillesse.
Merci aux organisateurs du festival HIP OPsession pour les 10 minutes qu’ils m’avaient accordés.
Et Merci aussi pour les 15 suivantes…
Merci à Philippe Mazzoni pour les photos de Stéphanie Molinero.
Merci à Google pour les autres.
That's all folks !
C'était «Tout public est légitime», un contenu de la catégorie "Interview" et posté le 2/25/10. Merci à Vincent pour le travail.
Bien entendu, il a été question de 90 bpm, Abcdr du son, Booba, Bourdieu, clichés, Double Poney, Elisabeth Tessier, Gasface, HIP OPsession, Les publics du rap, MTV, O2ZEN, Patrick Bruel, Radikal, rap français, Richard Peterson, Simon Fludis, Skyrock, Sociologie, Stéphanie Molinero. Si ça vous a plu, on en parlait déjà vaguement ici:





