Avatar : un film biodégradable
Le tsunami Avatar a donc déferlé sur nous. Magazines, affichages, publicités télévisées, radios, impossible à moins d’avoir été dans une cave d’un bunker à dix mètres sous terre sous une forêt épaisse de haute montage de réchapper à l’avalanche de marketing conséquente à la sortie du dernier opus de James Cameron. Des miyons de brouzoufs, le plus gros pénis budget de l’histoire du cinéma, de la 3D à ne plus savoir qu’en faire. Le cyclone est passé, examinons le sinistre.
Le pitch ou comment rentabiliser un post-it
Avatar nous fait suivre un ensemble de personnages insipides au premier rang desquels on trouve Jack Sully. Militaire, handicapé et plutôt pas fin, ce marines va être intégré au programme Avatar sur la planète Pandora qui participe à la coopération des autochtones, les Na’vis, avec les humains. On comprend rapidement que les humains sont plutôt là pour le minerai local du sol que pour la faune du coin, franchement hostile et gé(n)ante.
Allez je suis sympa pour tous ceux d’entre vous qui n’ont pas vu cette soupe, cliquez à vos risques et périls sur le bouton suivant, j’y révèle tous les éléments de l’intrigue complexe.
En tant que conscience injectée dans un corps de Na’vi croisé humain, valide, Jack va comprendre qu’exploiter ce peuple, c’est mal. Il est comme ça Jack, il perçoit les nuances subtiles de son monde. Envoyé comme un missionnaire parmi les sauvages bleutés, il va finir par prendre la fille du chef dans la position sus-mentionnée, celle du missionnaire (sous vos applaudissements, merci). Mais les humains sont vilains et décident de broyer l’arbre des Schtroumpfs pour en faire du composte et là pour Jack, c’en est trop. Comme il voit ses homies vénérer Eiwa1 avec leurs couettes et lancer des bouts de bois sur des bombardiers lourds, ils décident d’apprendre aux gueux les rudiments de la pensée à l’américaine. Et donc il devient leur chef et leur apprend à se battre (c’est là encore super subtil). Ils cognent ensemble, ils dressent des poulets, Jack se dégote un poulet-Ferrari, et ils boutent ensembles et dans la joie les humains hors de la planète. FIN.
« Une histoire poétique, une fable écologique touchante et un essai politique sans concession»
Avatar n’est rien de tout cela. Ici il s’agit plus ou moins sommairement d’un Danse avec les Loups/Pocahontas avec d’autres décors. De très chers décors, mais nous y reviendrons. Il n’y a pas une scène du film que l’on ne puisse prévoir, pas une ligne de dialogue dont on se souvienne à la sortie. Ou peut-être si, celles de la bande-annonce qu’on s’est faite pilonner par derrière l’hypothalamus depuis des mois. Faîtes un test, essayez de vous rappeler le nom de n’importe quel des personnages du film si vous l’avez vu. Pas facile hmmm ?
Quant à parler de fable écologique, et d’essai politique, puisque les deux sont liés, il me semble qu’il y a méprise. En tant que fable, Avatar échoue à être un récit court (puisqu’il dure 2h41), et en tant qu’essai politique, il échoue à toute forme de nuance critique dans son propos. Les gentils sont bleus, les méchants sont humains, sauf ceux qui sont bleus parfois. La nature c’est bien, les humains détruisent tout sauf lorsqu’ils se dépossèdent de technologies. Et puis conclusion : on ne peut pas concilier la vie entre races, à moins de nier tous ses propres fondements identitaires, us et usages, etc. Le vivre-ensemble à l’américaine, c’est beau, c’est clair, c’est simple.
« Des graphismes 3D de haute volée, l’avenir du cinéma »
Avant le film, il y a une démonstration de la 3D par la firme Haribo. Elle a plus de 3D que tout le film Avatar, c’est dire s’il y a un problème. Certains ont dit que le génie de Cameron était de ne pas avoir trop exploité le filon. En l’occurrence, il a surtout FAIT CROIRE qu’il avait un filon. L’apport de la 3D vient ici surtout des effets de profondeur adoptés en permanence. Concrètement, on est bluffé cinq minutes, après le cerveau s’habitue, et la bonne surprise s’estompe, s’érode et se transforme en lassitude.
Visuellement, le film développe un univers cohérent, c’est là son seul point fort. Un univers d’une jungle luxuriante comme un jardin japonais avec des néons intégrés partout. Tout s’allume, même la mousse sous les pas du héros, à la Billie Jean, trobotavu.
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« Une créativité sans borne, Cameron repousse toutes les limites »
Une créativité sans limite ? Dans le fait de créer, il y a parfois la notion de créativité (sisi, je t’assure). Ici la créativité est nulle, à moins de penser que faire un bouquet boiteux avec de belles fleurs est créatif. Qu’on se comprenne bien : toutes les œuvres sont produites à partir d’autres, rien n’est fait ex nihilo comme dirait l’autre. Il y a cependant une nuance entre le clin d’œil, l’emprunt, l’hommage d’une part (Tarantino est le premier exemple qui me vient à l’esprit) et le vol à l’arrachée dont ce film est coupable d’autre part.
Pocahontas, Danse avec les loups pour le scénario, Starcraft pour le design des machines de guerre humaines, et beaucoup de SF et d’heroic-fantasy de ces dernières années sont ainsi dans le pot pourri du père James. Tiens, des Wyverns ! Tiens, des Night Elves ! Tiens, Nordrassil, l’Arbre Monde ! Tiens, des montagnes volantes ! Mais d’où Cameron a-t’il bien pu sortir ces idées de génies, révolutionnaires et créatrices en même temps ?
« Une ode poétique à la tolérance entre les peuples »
Dire qu’il y en a pour penser que ce film relève d’une quelconque leçon de vie. Les pauvres. Non seulement c’est écœurant de bons sentiments débordants à n’en plus finir, mais en plus, en examinant bien le film, son message implicite est vomitif. Et cela me rappelle une phrase de Sleepy Hollow (de mémoire) : « de tous les masques du Diable, celui de la vertu est le plus dangereux ».
Alors qu’avons-nous derrière la dernière machine à traire hollywoodienne ? Examinons d’abord les termes de l’équation : d’un côté nous avons les humains (majoritairement blancs), de l’autre les Na’vis (bleus). Dès sa construction, il s’agit forcément de rapports entre les races. De part son pays de production, et l’usage du mot « race » (à la place d’ « ethnomorphisme ») aux Iouaisses, cela devrait déjà nous mettre la puce à l’oreille. Mais comme pour ajouter à la subtilité, les Na’vis sont anthropomorphiques. Leurs caractéristiques -mise à part leur couleur bleue- sont :
- Ils sont grands (et forts)
- Ils ont le nez épaté
- Ils ont de grosses lèvres
- Ils vivent en communion avec la nature (la métaphore subtile de la tentacle-couette…)
- Ils ont des arcs, des flèches et des lances
- Ils vivent en tribus et se réunissent autour du feu
- Ils pratiquent les mariages arrangés
- Ils portent parfois des dreadlocks
- Ils se peignent le visage pour la guerre
- Ils ont des pagnes, des décorations corporelles comme les écarteurs d’oreilles et des os dans le nez
Un revival grossier du mythe du bon sauvage africain (et par extension améridien) ? Après avoir vu le casting des doubleurs de Na’vis, le soupçon peut raisonnablement s’installer.
Voilà donc dans l’ordre les doubleurs de la chaman, de la fille du chef, du promis à la fille du chef, et du chef lui-même.
Encore besoin d’être convaincu ? Examinez le postulat de l’existence des Avatars…. Le fait d’être des hybrides humains-Na’vis ne leur donnent rien d’autre que la possibilité d’être des tabula rasa pour la conscience humaine, leur corps reste na’vi. Ça ne rappelle à personne la « One drop rule » ?
Une resucée de la repentance blanche envers le péché originel de génocide des peuples premiers ? Sans aucun doute possible, les Etats-Unis par l’intermédiaire de la machine hollywoodienne (et par là même tout l’Occident), se repentent encore des péchés de colons, de leurs conquêtes, empires coloniaux, et de l’œuvre civilisatrice. Pas trop non plus, s’agit pas de provoquer une prise de conscience globale non plus. Tout juste de toquer un peu à l’embryon de culpabilité occidentale, envers la Nature et le reste du monde « non-civilisé » (donc sauvage). Donner bonne conscience et tâter le portefeuille des spectateurs, un peu comme quand on regarde Ushuaïa et que TF1 empoche des thunes sur le shampoing du même nom. Ça aussi, c’est beau, c’est simple, c’est clair.![]()
« Apres Lumière en 1895, voici James Cameron en 2009. Bienvenue dans la nouvelle ère du cinéma. »
(Celle-là, elle est belle, elle est grosse elle est velue, elle vient d’un commentaire de Scifi-universe.com)
J’en ai lu des bêtises au sujet de ce film. La plus grosse est de penser qu’il restera dans les annales pour autre chose que sa prouesse budgétaire. Un budget pharaonique englouti dans la TROUADAI et dans le marketing2. Est-ce ça simplement Avatar ?
En tout et pour tout, oui, c’est un divertissement médiocre, surmarketé, surestimé, dont rien ne brille sinon sa technique. Les plus agaçants là-dedans restent les légions de gens qui ont voulu être de cette aventure publicitaire, et qui forment par leurs commentaires élogieux une réclame gigantesque à ce film en louant ses charmes sans apporter une seule goutte d’argument, sinon technique. C’est un blockbuster graphique, sans originalité, lorgnant sur un penchant racialiste (voire raciste) vomitif qui manque gravement de subtilité. Un grand bravo aux producteurs qui ont allongé les ronds pour lui donner vie, aux infographistes qui ont pondu Pandora et aux machines qui ont moulinés le rendu final.
Pour le reste, Avatar est à la Science-fiction des années 2000 ce que Bienvenue chez les Ch’tis est à la comédie française des années 2000. Un poids lourd économique, un poids plume de l’expérience cinématographique.
À noter qu’autour des Internet du web, on se gaudriole aussi de ce film :
- Son scénario complexe exposé
- La bande pas dessinée imagine une vision plus crédible du film
- Vinvin nous résume le film en une vidéo (attention SPOILER)
- Avatar : « Totally racist dude. »
- Quand les Blancs arrêteront-ils de faire des films comme Avatar ?
Critique (de mauvaise foi, forcément) par Nicolas « AdH » de Neef
That's all folks !
C'était Avatar : un film biodégradable, un contenu de la catégorie "Chronique" et posté le 1/05/10. Merci à Nicolas pour le travail.
Bien entendu, il a été question de avatar, cameron, film, Racisme, rohff, starcraft, wow. Si ça vous a plu, on en parlait déjà vaguement ici:
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